L'univers de NOC

Un futur suspendu

L’univers crépusculaire de NOC est situé sur Terre, dans un futur indéterminé, vraisemblablement des siècles après l’arrivée de l’Artefact.

Le monde est suspendu dans une atmosphère de première moitié du XXe siècle où les principales cités que nous connaissons aujourd’hui perdurent, isolées et érigées stoïquement dans la nuit face à l’inconnu. Maintenue dans une
ignorance commode par l’Administration, la population vit dans un état de tension entre le souvenir confus d’une époque révolue et la perspective d’une issue hypothétique.

L’existence n’est que sacrifices et dévouement au nom de l’intérêt collectif et l’écoulement du temps sous l’Artefact s’est vidé de sens. Les hommes et les femmes organisent localement leur survie dans un sentiment d’urgence institutionnalisé et préparent une renaissance qui semble ne jamais venir. Leur quotidien est régi par les sirènes de la Garde Noire, les grondements
tectoniques et les pluies de Fiel de l’Artefact, les consignes hurlées par les haut-parleurs des usines, les trajets dans des trains urbains bondés, les interminables files d’attente aux annexes de l’Économat, coupons de rationnement
en main.

Dans une atmosphère d’occupation paranoïaque, la société s’est recomposée pour assimiler les contraintes d’un monde sans électricité, durement touché par de cruelles carences en ressources vitales et pourtant placé sous la
protection du mystérieux Artefact.

L'Administration

Le monde globalisé et technologique s’est effondré avec l’Artefact et les pathétiques tentatives de résistance de l’humanité ont conduit l’Objet-Dieu à la priver de l’usage de l’électricité. Un simple message. La chute du jardin terrestre.
Déchirées par les épidémies, les guerres, les pillages et les catastrophes environnementales, les nations ont disparu, cédant la place à des zones d’influence dominées par les puissants capables de contrôler les ressources et les populations à leur portée. Un âge sombre.

Puis du ventre de la Terre jaillit l’Administration, totalement formée, déterminée, instruite et prête à rétablir l’ordre. C’est dans les Hypogées primitifs que surgit la solution choisie par l’Artefact pour conduire l’humanité vers la lumière. Des hommes et des femmes façonnés pour le pouvoir, détenteurs d’un savoir préservé, d’alternatives technologiques, de formules de gouvernement adaptées à l’effroyable urgence de la situation. Ils s’imposèrent et offrirent à la civilisation
une porte de sortie. Selon leurs termes.

L’Administration est une organisation mondiale nébuleuse dont les ramifications sont inaccessibles aux citoyens communs, aveuglés par leurs préoccupations locales et l’horizon restreint des remparts du Bloc, leur cité-état. Le strict respect de ses règles est la condition sine qua non de la survie. La liberté n’a aucun poids face à une mort certaine.

Autoritaire, productiviste, rationaliste jusqu’à l’inhumain, l’Administration est dominée par une élite choisie pour sa conformité au système. Elle n’est pas qu’un régime dictatorial dépourvu de visage. L’Administration est l’intercesseur
entre l’humanité et l’Artefact, l’interface entre la chair et le métal qui distille les réponses dont la population a besoin pour ne pas perdre confiance en l’avenir. Elle est la voix d’un projet supérieur dont elle est complice et elle seule prétend saisir les intentions de l’Objet-Dieu.

Ses mystérieux Ministères gèrent et dirigent tous les aspects de l’existence des hommes mais les citoyens ne savent pas qui préside à leur destinée. Si ce gouvernement mondial existe quelque part, ils n’en voient que les incarnations locales, au niveau du Bloc, sous la forme des Directions.

L'Artefact

L’Artefact est un objet artificiel titanesque surgi de l’espace qui a approché la Terre et l’a enfermée dans sa structure, la privant de tout contact avec l’extérieur. Le ciel a disparu, oblitéré par une paroi de métal mouvante située à 15 km
au-dessus du niveau de la mer. Les étoiles et le Soleil ne sont plus et l’humanité est isolée du reste de l’univers.

L’arrivée de l’Artefact a fait voler en éclats toutes les conceptions scientifiques et philosophiques des hommes, placés face à l’évidence de son existence et plongés dans les abîmes d’interrogations quant à Sa raison d’être et Ses intentions.
Indestructible, il a enfoncé ses crocs dans la Terre, les Axes, et s’y est solidement arrimé, comme un parasite.

Parfois, il relâche ses vapeurs, les Brumes que l’on dit hantées. Parfois, il vomit des nuées de Fiel, une substance noire et grasse qui affecte le corps et l’esprit, entraînant les faibles dans des abîmes de noirceur. Des êtres corrompus s’en
échappent, faisant carnage parmi les soldats de la Garde Noire ou s’infiltrant sournoisement dans la population.

Pourtant, la surface de l’Artefact est traversée de lueurs qui épargnent à la Terre une totale obscurité. Il réchauffe, stabilise et apaise. D’éclatants pinceaux de lumière, les Faisceaux, balaient parfois le sol et semblent capables d’y maintenir la vie. Ainsi, la machine ne veut pas la mort de la planète.

De fléau apocalyptique, l’Artefact est devenu l’Objet-Dieu, instrument ambigu et obscur d’une volonté supérieure à laquelle l’humanité doit se soumettre, reconnaissante. Il est l’incarnation de l’ordre, de la protection contre le chaos extérieur.

Un mal nécessaire.

Les Ministères

Ministère de la Coordination

Le Ministère de la Coordination, ou Diktat, définit les objectifs de la société à l’ère de l’Artefact. C’est une implacable machine bureaucratique qui catalogue, évalue, vérifie, liste, identifie, pondère, attribue, juge, sanctionne et récompense. Dans le Bloc, la Direction de la Coordination centralise toutes les données produites par les autres Directions et établit les indiscutables directives susceptibles de bouleverser la vie de milliers de personnes du jour au lendemain.

C’est un univers de bureaux monolithiques, de tours massives et labyrinthiques, de façades solennelles et brutales.

On trouve dans ses rangs décideurs, analystes, bureaucrates, archivistes, juges, experts, vérificatrices, agents…

Ministère de l’Édification

Le Ministère de l’Édification, ou ConUrb, est en charge de l’habitat, des infrastructures et du développement du Bloc. C’est à ses Directions que l’on doit des choix urbanistiques et architecturaux parfois absurdes mais aussi l’accès aux logements, aux réseaux d’eau et d’air comprimé, à la lumière et la chaleur. L’Édification trace les routes, érige les remparts, permet à la population de se déplacer et de vivre dans un environnement oscillant du luxe insolent à la pire décrépitude.

C’est un univers de bureaux d’ingénierie, de chantiers interminables, de réseaux chaotiques de trams pneumatiques, de souterrains gorgés de canalisations.

On trouve dans ses rangs architectes optimisateurs, artistes visionnaires, ingénieurs, travailleuses, réparateurs, démolisseurs, recycleuses, pilotes d’engins…

Ministère du Progrès

Le Ministère du Progrès, ou Centre, fournit les solutions scientifiques nécessaires à la vie du Bloc et poursuit ses travaux de recherche. Le Centre est la mémoire technologique de l’humanité, condamnée à l’inventivité faute de ressources et d’électricité. Les deux disciplines maîtresses du Centre sont la physique de l’énergie quantique que l’Artefact aurait accordée aux hommes, et la bio-ingénierie. Discret, le Centre infuse pourtant tous les aspects de la vie du Bloc car ses (re)découvertes peuvent faire la différence entre la vie et la mort. On lui doit les complexes systèmes de recyclage et de production d’énergie qui permettent au Bloc de fonctionner.

C’est un univers de laboratoires souterrains, d’expérimentations douteuses, de machineries incompréhensibles, de zones d’exclusion et de colloques guindés.

On trouve dans ses rangs chimistes, physiciennes, mathématiciens, techniciens, professeurs, naturalistes, agents de terrain…

Syndicats

Dans une société dépourvue de représentation démocratique et d’élections, les Syndicats constituent l’un des rares contre-pouvoirs significatifs susceptibles de rendre audible la voix de la population. Ils se substituent souvent aux services défaillants ou indifférents de l’Administration pour soutenir les citoyens du Bloc, en termes de protection, de soins, d’éducation, de logement, de démarches.

C’est un univers de coopératives de quartier, de cantines enfumées, de négociations tendues, de manifestations sanglantes.

On trouve dans ses rangs ouvriers volubiles, théoriciens éduqués, instructrices dévouées et tous les citoyennes et citoyens qui croient pouvoir faire entendre leur opinion.

Ministère de l'Harmonie

Le Ministère de l’Harmonie, ou Voie, se pose en intermédiaire entre l’Artefact et l’humanité. Il est chargé d’étudier et de comprendre l’Artefact afin de faire appliquer sur Terre ses mystérieux préceptes. Il est en charge de l’éducation, de l’information et s’assure de la conformité des citoyens. Au sein du Bloc, la Voie entretient l’espoir et donne du sens à l’existence de chacun en rappelant que l’Objet-Dieu est une puissance bénéfique mue par un plan pour tous. Démonstrations, messages intensément positifs et entretien de la déférence à l’égard de l’obscure volonté de l’Artefact sont le cœur de la mission de propagande de la Voie. Cette Direction est également absorbée dans l’analyse des signes et messages cryptiques émis par l’Objet-Dieu.

C’est un univers de collèges érudits, d’observatoires hermétiques, de statues monumentales, de cours majestueuses, de cérémonies intimidantes.

On trouve dans ses rangs précepteurs, rhéteurs, espionnes, mystiques, théoriciens…

Ministère de l'Effort

Le Ministère de l’Effort, ou Économat, est en charge de l’exploitation des ressources et de la production des biens nécessaires à l’autonomie du Bloc. L’Économat emploie ou supervise une très grande partie de la population engagée dans la spirale industrielle et gère la redistribution des produits de son travail.

C’est un univers d’usines tentaculaires, bruyantes et dangereuses, de cités populaires, d’entrepôts étroitement surveillés, d’ateliers exigus, d’Hypogées obscurs.

On trouve dans ses rangs ouvriers, manutentionnaires, contremaîtres, techniciennes, commerçants, directeurs, statisticiennes, artisans, logisticiens…

Ministère de l'Intégrité

Le Ministère de l’Intégrité, ou Census, veille au maintien à un niveau convenable de la santé physique et mentale des citoyens. Le bien-être n’est pas sa préoccupation première mais il fournit les services et les infrastructures qui se rapprochent le plus d’un service sanitaire et social teinté d’hygiénisme. Au sein du Bloc, le Census veille à l’éradication des épidémies, détecte les anomalies sanitaires qu’elles soient internes ou liées à une intrusion externe, gère et étudie les malades mentaux, fournit les services d’assistance en cas de catastrophe.

C’est un univers d’hôpitaux, de dispensaires de campagne, d’unités de décontamination.

On trouve dans ses rangs médecins amidonnés, infirmières débordées, agents de recensement sur le qui-vive…

Police secrète

La Police secrète, ou PoliSec, est le regard et la main invisible de l’Administration. Elle surveille, observe et traque les signes de dissidence et d’anormalité. La PoliSec détecte les comportements suspects, enquête, espionne et recherche les phénomènes singuliers, les anomalies physiques et idéologiques. Au sein du Bloc, elle est partout et nulle part et l’irruption de ses berlines noires est toujours de mauvais augure. Parfois, un quartier est bouclé sans explication, une famille disparaît, un bâtiment est condamné. Les agents de la PoliSec semblent bénéficier de prérogatives et d’autorisations presque illimitées justifiées par l’intérêt supérieur de leur mission. Quelle qu’elle soit.